
"Nous avons révélé la dignité des personnes travaillant dans le café au Chiapas" - Jésus Salazar, Cafeólogo
En 2010, Jésus Salazar fondait Cafeólogo, au Mexique, et plus précisément dans la région du Chiapas. Aujourd'hui, Cafeólogo rassemble plusieurs centaines de producteurs et Jésus a fédéré une véritable communauté du café, experte et très attachée à la qualité. Découvrez le parcours de Jésus et de Cafeólogo.
Bonjour Jésus, quel a été ton parcours avant de travailler dans le café ?
J'ai étudié la médecine, mais je n'ai pas exercé. Après avoir obtenu mon diplôme de médecine, je suis immédiatement retourné à l'école pour étudier la philosophie. J'ai obtenu une maîtrise en philosophie, et je suis toujours étudiant. Je commence mon doctorat en philosophie. Avant le café, je travaillais en tant qu'enseignant à Mexico.
Pourquoi es-tu passé de l'université au café ?
Avec le recul, j'étais dans l'un de ces moments où tu as besoin de redéfinir le but de ta vie. J'aimais étudier et enseigner, mais quelque chose manquait. Je devais affronter le monde réel tout en continuant à étudier. Le café était cette réalité qui m'offrait aussi de nouvelles choses à apprendre, comme la botanique, la physiologie des plantes, leur système nutritionnel...
Comment ton intérêt pour le café a-t-il démarré ?
Quelques amis savaient que je venais du Chiapas, où la majorité du café mexicain est produit. Ils m'ont conseillé d'aller dans un café à Mexico, où le propriétaire était un expert en café et avec qui je pourrais discuter. La surprise a été que le café était bien plus qu'une simple tasse.
À travers cette expérience, j'ai développé un intérêt, mais je n'ai pas pu trouver de livres sur le café. Il fallait des connaissances, et cela ne se passait pas en classe. C'est ainsi que j'ai trouvé ma place dans le café, entre les études et le monde réel, dans les fermes.
Est-ce pour cela que l'éducation est si importante chez Cafeólogo ?
Tu as raison, mais c'est plus que ça. L'éducation est présente dans l'industrie du café depuis des décennies, mais de manière très empirique, comme un héritage, de génération en génération, d'une personne à l'autre.
Avec Cafeólogo, nous ne sommes pas à l'école, mais dans les fermes, avec un groupe de 280 agriculteurs. Nous avons trois mills communautaires pour laver et sécher le café, un entrepôt, une torréfaction. Nous sommes présents à chaque étape du cycle du café.
Nous vivons cette expérience complète non seulement en étudiant et en enseignant, mais en faisant partie de tout le système, avec la théorie et la pratique, pour créer une véritable expérience du café. Et c'est pourquoi l'entreprise s'appelle Cafeólogo : c'est le concept philosophique de "logos" appliqué au café, pour une vision complète de ce qu'est le café, de l'étude à sa création.
Il y a 13 ans, lorsque tu as lancé Cafeólogo, comment cette vision a-t-elle été perçue ?
Je ne me suis jamais concentré sur le fait de vouloir à tout prix tel ou tel café. L'approche avec les producteurs de café a toujours été du genre : "Voulez-vous en savoir plus sur ce que vous faites, apprendre à déguster votre café, apprendre des autres producteurs ?". Ensuite, c'était à moi de faire de Cafeólogo une entreprise, et de vendre le café. Comme la transaction n'est pas le début de la relation, cela a toujours été facile et bien perçu.
Et aujourd'hui, 13 ans plus tard, qu'est-ce qui rend ton café différent des autres ?
Nos cafés ont du sens. Ce n'est pas le profil de saveur, une variété exotique, un traitement fou ou une altitude plus élevée que la moyenne. Mais c'est un café qui a du sens pour ces 280 personnes qui cultivent ce café qui régénère notre communauté, qui est rentable et nous permet de grandir et de renforcer nos racines, en tant que communauté. C'est ce qui rend notre café spécial : nous sommes un lien entre les gens et la nature que nous avons.
Aujourd'hui, de quoi es-tu le plus fier ?
Nous avons révélé la dignité des personnes travaillant dans le café au Chiapas. Nous avons montré, et nous continuons de montrer, que les Mayas peuvent faire des choses très bien sans se perdre, sans dépendre de la charité. Nous avons montré que nous pouvons bien faire : nous pouvons faire du bon café et faire du café qui fait du bien à notre peuple.
Que pouvons-nous souhaiter à Cafeólogo pour les 10 prochaines années ?
Nous aspirons à nous améliorer et sommes prêts à partager notre expérience, pour aider chacun à trouver son propre système, sa propre voie. Maintenant, si on se dit que Cafeólogo est une plante... C'est une plante en bonne santé, elle est vivante, elle grandit. Nous devons à présent nous connecter pour la laisser grandir en créant davantage de racines et partager notre vision tout le monde !
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