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Café08 février 2024

Dukundekawa, une coopérative exemplaire au Rwanda

Ernest Nshimyimana est le Directeur Général de la coopérative Dukundekawa, ou “Aimons le café”, en français. Créée en 2003, la coopérative se trouve à 50 km de Kigali, la capitale du Rwanda, dans le nord du pays. Une coopérative exemplaire à découvrir en compagnie d'Ernest !

Bonjour Ernest, peux-tu nous présenter la coopérative Dukundekawa ?

Dukundekawa est l'une des plus grandes coopératives du Rwanda. Depuis sa création, elle n'a cessé de grandir chaque année. Nous avons maintenant quatre stations de lavage : Ruli, Mbilima, Nkara et plus récemment Musambira.

Nous avons aussi un dry mill, une torréfaction, un coffee-shop et une laiterie. La laiterie est une entreprise à part. Nous fournissons des vaches aux producteurs et collectons ensuite le lait pour fabriquer des yaourts, du fromage et d'autres produits finaux.

Depuis combien de temps travailles-tu dans le café ?

Cela fera dix ans dans quelques mois. J'ai commencé comme agronome pour l'ONG Sustainable Harvest. J'ai connu la coopérative Dukundekawa en devenant l'un de ses bénéficiaires. Au niveau régional, je travaillais avec la coopérative pour former les producteurs au business du café, aux aspects financiers et "marché" de celui-ci.

En 2020, lorsque la coopérative a explosé, j’ai été engagé comme consultant indépendant. J'étais responsable du marketing et des relations publiques. Ensuite, j'ai déposé ma candidature pour en devenir le directeur. Trois ans plus tard, j'y suis toujours !

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Peux-tu m'en dire plus sur l'emplacement de la coopérative et les raisons pour lesquelles on y produit du bon café ?

La coopérative est située dans le nord du Rwanda. C'est une région à flanc de colline et le sol est principalement volcanique. La moitié de l'année, c'est la saison des pluies. L'altitude est d'environ 2000 mètres au-dessus du niveau de la mer. Ce sont de bonnes conditions pour produire un café de haute qualité.

Aussi, les agriculteurs d'ici cultivent le café depuis des décennies. Ils ont reçu une bonne formation pour produire un café de qualité. La coopérative elle-même a investi dans des infrastructures, des stations de lavage et de séchage, en plus d'un personnel compétent et qualifié.

Comment décrirais-tu le profil des cafés qui sortent de la coopérative ?

Il est surtout floral, avec une belle acidité, juteuse et complexe. Nous cultivons uniquement du bourbon rouge, une variété connue pour bien s’adapter à notre environnement, favorable à des altitudes élevées comme les nôtres, et qui produit un café de très bonne qualité.

Combien de producteurs travaillent avec la coopérative et quelle est votre relation avec eux ?

Dukundekawa est une coopérative détenue par ses membres à 100 %. Nous travaillons avec deux catégories d'agriculteurs. Les membres principaux, ceux qui possèdent la coopérative, sont au nombre de 1200. Et, les non-membres qui se contentent de nous vendre leur récolte sont environ 4 000.

Au moment de la récolte, chacun livre son café à l'un de nos sites de collecte, dans les régions avoisinantes. Ces stations de collecte ne se trouvent jamais à plus de 10 minutes des fermes.

Les cafés sont ensuite acheminés vers les stations de lavage par les camions de la coopérative. Toutefois, si elle est proche de chez eux, certains producteurs livrent leur récolte directement à la station de lavage, sur leur tête ou à bicyclette.

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Comment s’est passée la récolte cette année ?

Nous avons la chance d'avoir deux saisons de récolte dans le nord du Rwanda. Nous avons la haute saison, de mars à mai. Et puis, la deuxième saison, qui commence en juin et se termine en octobre.

Pendant la haute saison, nous recevons 20 à 40 tonnes par jour, et pendant la deuxième saison, nous recevons à peine 2 à 4 tonnes par jour.

En raison des fortes pluies de grêle au début de la saison, nous avons perdu plus de 40 % de la production totale cette année. Il y a eu des tempêtes dans certaines régions, et une partie de la récolte et des caféiers a été détruite, ce qui est très difficile pour les producteurs.

Ici, ils dépendent à plus de 90 % de la production de café. Imaginez donc un agriculteur qui embauche de la main-d'œuvre pour la récolte et qui perd une grande partie de son exploitation et de sa production…

La coopérative a-t-elle mis en place une aide pour ces producteurs ?

Nous aidons tous les producteurs avec l’obtention d'un micro-prêt, sans intérêt, pour répondre à leurs besoins pendant trois mois.

Nous travaillons également sur un fonds d'urgence, pour fournir une aide supplémentaire aux travailleurs victimes de mauvaises conditions météorologiques. Celui-ci devrait être mis en place pendant le 2ᵉ semestre de 2023.

Notre capacité à soutenir les agriculteurs est encore limitée, mais nous faisons de notre mieux. Toute l’année, nous les formons à l'utilisation d'arbres d'ombrage pour prévenir les conditions météorologiques difficiles, protéger les caféiers. Nous les accompagnons aussi pour la production d'autres produits agricoles, afin d'avoir des revenus supplémentaires.

À propos d'autres revenus, je voulais parler de la laiterie Musasa et du partenariat entre vous et Belco.

Pour chaque kilo de café acheté par Belco, $0,20 sont mis de côté pour acheter des vaches. Depuis 2021, nous avons collecté plus de 8 000 dollars et acheté dix vaches, avec la mise en place d’un système qui permet de transmettre les nouveau-nés aux voisins dans le besoin. 

Belco sensibilise également les torréfacteurs à l'achat de vaches pour la coopérative. Cela coûte entre 600 et 800 dollars par vache. Les torréfacteurs qui soutiennent ce projet peuvent assister au jour où nous remettons la vache à l'agriculteur. Cela crée une véritable relation directe entre l'agriculteur et le torréfacteur.

La vache est un symbole de prospérité dans la société rwandaise, et la production de lait est une super opportunité pour de nouveaux revenus. Nous achetons le lait aux producteurs, ce qui représente au minimum $1,5 par jour de nouveaux revenus, pour eux. Avec ce lait, nous fabriquons des yaourts ou d'autres produits finaux, que nous vendons ensuite.

Cela crée de nouveaux profits pour la coopérative. Ainsi, lorsque vous aidez un agriculteur à acheter une vache, c'est toute la communauté de Dukunde que vous soutenez.

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En parlant de soutien à la communauté, est-ce que c'est le but de la Musasa Coffee School ?

La plupart des membres de la coopérative a plus de 60 ans. Dans ce contexte, il est impossible de croire à la durabilité sans impliquer les jeunes.

L'idée de l'école du café est de créer de nouvelles opportunités. Nous leur enseignons tout ce qu'ils doivent savoir pour gérer une ferme ou pour travailler comme barista dans l'hôtellerie, un secteur en plein développement au Rwanda.

Ils apprennent tout sur le café, de la pépinière aux meilleures pratiques agricoles, en passant par la récolte, la gestion d’une station de lavage, l'analyse en laboratoire, l'exportation et la préparation.

Pour nous, un bon barista doit connaître les bases de l'agronomie, de la transformation et du commerce du café. Leur outil principal, c’est le caféier ! Sur les 20 diplômés que nous avons eus jusqu'à présent, 14 sont aujourd'hui employés dans le secteur du café. Les autres sont entrés à l'université pour poursuivre leurs études dans d'autres domaines.

20 ans après la création de la coopérative, que peut-on souhaiter à Dukundekawa ?

La qualité de vie des producteurs ne reflète pas encore la qualité du café que nous produisons à Dukunde. Les consommateurs sont prêts à payer pour une tasse de qualité, mais qu'en est-il du producteur qui produit ce café ?

Lui aussi devrait mener une vie de qualité, avoir une maison, des économies, et pouvoir offrir une vie de qualité à sa famille. Nous croyons vraiment qu’un agriculteur prospère permet un café plus durable. 

Mon rêve pour ceux qui travaillent pour Dukundekawa est donc le suivant : avoir une vie aussi bonne que le café qu'ils produisent. Et, pour cela, nous avons besoin d'avoir une approche holistique pour améliorer les choses !

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Rédaction: Stéphane

Responsable éditorial

Publié le 23/10/2026