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Café10 avril 2026

Voyage à l’origine en Éthiopie : ce que le terrain nous apprend sur le café

En janvier dernier, Guadalupe s’est rendue en Éthiopie aux côtés de plusieurs torréfacteurs dans le cadre d’un voyage à l’origine organisé par Belco. À travers son récit, elle partage une vision du café ancrée dans le réel, au-delà de la tasse.

Sur le terrain, une semaine au cœur de l’origine

L’Éthiopie, ce n’est pas juste une origine mythique sur une carte ou un nom qu’on associe à des notes florales et citronnées. C’est un pays immense, contrasté, parfois déroutant, où le café est partout… mais pas toujours là où on l’imagine.

En janvier, j’ai eu la chance de passer une semaine sur place, entre Yirgacheffe, Gedeb et Guji, pour aller voir de mes propres yeux ce qu’il se passe avant que les cafés arrivent dans nos sacs, puis dans vos tasses.

La réalité est bien plus complexe, humaine et passionnante que ce que racontent les fiches techniques.

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Guadalupe Vasquez Orozco, Account Manager chez Belco, lors de son voyage en Éthiopie.

Le café en Éthiopie : entre héritage et contraintes

En Éthiopie, le café fait partie du quotidien. On le boit lors de rituels, on le partage, on le célèbre. Et pourtant, paradoxalement, le meilleur café du pays est presque exclusivement destiné à l’export. Sur place, la notion de specialty coffee reste encore marginale. Beaucoup de producteurs cherchent avant tout à vendre, à générer de la monnaie étrangère, dans un marché très encadré par le gouvernement.

Le café est fortement régulé par l’ECX (Ethiopian Commodity Exchange), qui fixe des prix minimums et contrôle les ventes à l’export. Résultat : peu de flexibilité, beaucoup de pression, et un marché où le volume prend souvent le dessus sur la qualité. Avec plus de 400 exportateurs recensés, la concurrence est énorme… mais très inégale.

C’est dans ce contexte que quelques acteurs font figure d’exception.

Des femmes et des hommes qui changent les règles du jeu

Des structures comme Metad, DWD ou RAD Best, nos partenaires actuels, ont fait le choix du café de spécialité dès le départ. Non pas par facilité, mais parce qu’ils y croient. Ces entreprises travaillent sur la traçabilité, la qualité, la relation avec les producteurs et l’impact environnemental, dans un pays où ce modèle reste fragile.

METAD

DWD

RAD BEST

Chez Metad, par exemple, chaque lot est suivi à chaque étape. Le café passe par plusieurs machines, chacune retirant un type de défaut précis, avant une sélection manuelle finale. Rien n’est laissé au hasard.

Leur travail a largement contribué à faire connaître des origines comme Hambella sur la scène internationale.

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Chez DWD, entreprise familiale aujourd’hui portée par la nouvelle génération, on mise sur des stations dédiées, du single village, et une relation directe avec les producteurs.

À Layo ou Garse, les cafés sèchent lentement sur lits africains, parfois plus de trois semaines, sous ombrage, avec une attention constante.

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RAD Best, plus récent sur la scène de l’export, impressionne par son engagement terrain : formations des producteurs, prix premium pour les cerises, suivi qualité rigoureux, le tout dans des zones parfois très difficiles d’accès.

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Un café en pleine transformation

Un des grands enseignements de ce voyage, c’est à quel point les pratiques évoluent vite. Cette année, le prix des cerises a explosé, parfois jusqu’à +300 % par rapport à l’an dernier. Ajoutez à cela un manque chronique de main-d’œuvre et des stations de lavage coûteuses à faire tourner, et vous obtenez un changement clair : de plus en plus de producteurs se tournent vers le process naturel.

Moins coûteux, moins dépendant de l’eau et de la main-d’œuvre, le naturel devient une solution économique autant qu’un choix de profil aromatique. En parallèle, certaines stations investissent dans des machines comme les Penagos, qui permettent de réduire fortement l’utilisation d’eau et de simplifier les process.

Et puis il y a l’expérimentation. Anaerobique, honey, yeast washed, co-fermentation. Sur le terrain, on sent une vraie curiosité, mais aussi des débats. Certains y voient une opportunité incroyable d’explorer de nouveaux profils, d’autres craignent que ces méthodes ne dénaturent le café. Une chose est sûre : le café éthiopien est en mouvement.

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Derrière les cafés, une réalité humaine

Voyager en Éthiopie, c’est aussi comprendre que produire du café n’est jamais acquis. Le manque de personnel est un vrai sujet. Certaines stations ferment temporairement faute de main-d’œuvre. D’autres doivent faire venir des travailleurs depuis des régions voisines, ce qui augmente les coûts et complique tout.

La récolte de cette année est également plus tardive, après une année de très forte production. Les volumes sont plus faibles, la pression sur la qualité plus forte, et chaque décision compte. Rien n’est automatique, rien n’est garanti.

Derrière chaque café, il y a aussi des équipes sur place, souvent dans l’ombre, qui jouent un rôle essentiel. Jour après jour, elles travaillent avec une énergie et un engagement incroyable pour développer des relations durables avec les producteurs, suivre les cafés à chaque étape et garantir une qualité constante. Leur présence sur le terrain permet de s’assurer que tout se passe bien, malgré les contraintes, les imprévus et la complexité du marché. Sans ce travail patient, humain et parfois invisible, rien ne serait possible.

Au-delà du café, l’Éthiopie marque profondément par la gentillesse de son peuple, une hospitalité unique et des paysages à couper le souffle. Des montagnes verdoyantes aux stations nichées au cœur des vallées, chaque étape du voyage rappelle à quel point ce pays est puissant, vivant et profondément attachant. C’est cette combinaison entre le travail acharné des équipes, la richesse humaine et la beauté des lieux qui fait de l’Éthiopie une destination à part, presque magique, et qui donne encore plus de sens à chaque café qui en est issu.

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Pourquoi les voyages à l'origine comptent vraiment ?

Ce genre de déplacement change complètement la manière dont on parle du café. Les prix ne sont plus juste des chiffres, les profils aromatiques ne sont plus abstraits, et les choix d’achat prennent une autre dimension. Comprendre ce qui se passe à la ferme, à la station, à l’export, c’est aussi mieux expliquer aux clients pourquoi un café est comme il est et pourquoi il a ce prix-là.

Pour beaucoup de torréfacteurs, la réalité du terrain reste lointaine. Voir, entendre, sentir, échanger avec les producteurs permet de reconnecter le produit à son origine, et de redonner du sens à chaque tasse.

Ce voyage en Éthiopie rappelle une chose essentielle : derrière chaque café, il y a des choix, des contraintes, des personnes, et énormément de travail. Malgré un marché complexe et parfois difficile, certains continuent de croire au café de spécialité et de le faire évoluer, jour après jour.

Et c’est pour ça qu’on aime tant cette origine. Parce qu’elle est vivante, imparfaite, en mouvement. Parce qu’elle ne se résume jamais à une simple note de dégustation.

Et surtout, parce que tout commence là-bas.

Amesegnalehu

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Rédaction: Belco

Publié le 23/10/2026