Sourcing & caféiculture

Le café n’est pas cher…pas cher du tout !

| 2012-11-21

Le café n’est pas cher…pas cher du tout ! Je lisais récemment un article de Tim Wendelboe expliquant pourquoi le café n’est pas cher. Je pense qu'il a complément raison, et j’aimerai aborder un sujet qu’il évoque à peine (de mon point de vue) : le travail et les coûts du producteur. Je me permets de continuer son article pour une raison simple : ma famille produit du café depuis plus d’une centaine d’années au Salvador. C’est vrai qu’aujourd’hui, les gens commencent à comprendre pourquoi le café de qualité est si cher et à prendre conscience de tout le travail nécessaire pour le produire… mais, est-ce que nous, les personnes impliquées sur le marché du café de qualité, faisons vraiment tout ce que nous pouvons pour le promouvoir ? Evidemment non. J’essayerai, comme je l’ai dit précédemment, de compléter son article… de mon point de vue, avec un pied à l’autre bout du monde.

Les coûts du producteur Je me souviendrais toujours d’une étape de ma vie, j’étais très jeune : c’est le moment que l’on a appelé « la crise du café », qui a débuté à la  fin des années 90 et qui a duré environ 5 ans. Et finalement, ce sont les producteurs qui ont tout absorbé. Les prix du café ont atteint des niveaux record… à la baisse. Je me souviens que mon père se posait deux questions : dois-je travailler ma plantation? Est-ce que je fais la récolte cette annéeou pas ? (ce n’étais pas moins cher de laisser tomber le café,  c’était en fait qu’il ne perdait pas d’argent). Malgré tout, il y a une raison pour laquelle il a décidé de continuer à travailler : il ne voulait pas que ses travailleurs meurent de faim. Mon père est un producteur de taille moyenne-petite, il produit du Pacas et du Bourbon à plus de 1000 m d’altitude et emploie entre 10 et 15 travailleurs permanents et plus d’une centaine pendant la récolte. Je ne sais pas si son café sera noté au-delà des 80 points, mais pour moi il atteint facilement les 100. Il est vrai que nous n’avons plus ces prix-là… mais les alarmes commencent à s’allumer à nouveau … et j’aime bien toujours rappeler ce que les producteurs ont vécu pendant ces terribles années. Au Salvador, le salaire minimum pour les travailleurs agricoles (d’après une étude réalisée en mai 2011) a été établi à 0,43 dollar US de l’heure, ce qui équivaut à 3,50 dollars US par journée de travail ou 104,98 dollars US par mois. Ça, c’est pour les travailleurs permanents. Les personnes qui travaillent uniquement pendant la récolte, selon la plantation et la façon de récolter (sélective ou pas sélective) le prix payé d’après cette même étude était de 0.75 dollar US de l’heure jusqu’à plus d’un dollar par « arroba » de café récolté (« l’arroba » est une unité de poids, 1 arroba est égal à 25 livres ou 11.36 kg). Quand je parle de café récolté, je parle de cerises, et pas de café vert (le taux de change est d’environ 5 à 1, disant que 5 kg de cerises sont transformées en 1 kg de café vert prêt à être exporté). Cela ne parait pas excessif, n’est-ce pas ? Les producteurs aimeraient bien sûr payer davantage leurs travailleurs, mais comme tous les chefs d’entreprise au monde, ils cherchent aussi la rentabilité afin d’offrir une vie correcte à leurs familles. Et à chaque récolte, c’est le producteur qui prend tous les risques, sa récolte n’ayant aucune assurance (une pluie de décembre au Salvador, par exemple, peut ruiner toute la récolte… et comme dans énormément de pays producteurs, son café en tant que marchandise n’est jamais 100% sécurisé de la ferme jusqu’au port !), Enfin, comme dans la plupart des pays producteurs, il n’y a aucune subvention de la part de l’Etat mais, en revanche, il y a de nombreuses taxes (ce qui fait notamment la différence de prix entre un café venant du Salvador et celui d’un autre pays, comme l’Australie par exemple). Ensuite, imaginez-vous tous les coûts de production. Avez-vous entendu parler de l’augmentation du prix du pétrole ? Saviez-vous comment ils affectent les prix des fertilisants ? Et pour tout ce qui concerne le travail de la terre, je voudrai uniquement souligner que dans un pays comme le Salvador (et tous ceux qui  produisent en haute altitude), avoir un tracteur ou de la machinerie est pratiquement impossible ! Pour conclure,  je voudrais tout simplement, dire deux choses. La première, c’est mon avis sur le marché européen, et la deuxième, ce qu’on devrait faire d’après moi !
  • Dès que je suis arrivé en France, j’ai bien noté une chose. J’habite à Bordeaux, et d’après ce que j’ai pu voir, c’est normal de dépenser 40€, 100€ et plus (bien plus) dans une bouteille d’un vin grand cru.
C’est vraiment difficile pour moi, d’imaginer un consommateur  payer aujourd’hui plus de 15€ pour un sachet de 250g de café fraichement torréfié… Et pourtant, en utilisant 12g de café par tasse, on peut faire jusqu’à 20 tasses de café avec ce « grand cru » ! En précisant bien sûr qu’il ne s’agit pas d’un café de tous les jours, mais en l’utilisant comme le café haut de gamme pour les « soirées », on peut l’utiliser jusqu’à 4 fois avec 5 invités par soirée, avec un seul sachet !
  • Bien évidemment, pour que cela devienne réel, nous avons besoin d’éduquer les consommateurs, nous avons besoin de leur montrer la différence entre un café de qualité et n’importe quel autre !
Je pense vraiment que c’est ce qu’on doit faire: en éduquant le consommateur, il comprendra que c’est tout à fait normal de payer un café qualitative plus cher qu’un café plus conventionnel. C’est indispensable. Nous devons bien entendu éduquer le consommateur, mais avant cela, il faut tout d’abord que l’on y croie et que l’on (chaque personne impliquée dans le monde du café) ait bien conscience des coûts et de la complexité nécessaires pour avoir un café de qualité. Et bien sûr, nous ne devons pas douter de nos prix. Mais il faut toujours l’expliquer, expliquer qui sont tous les acteurs intervenant dans la filière et quel formidable rôle ils exercent, du producteur à tous ces travailleurs derrière, en passant par tous les gens chargés de la logistique, jusqu’à vous, les torréfacteurs. Je crois au café, car il s’agit d’un produit noble. Mais surtout, je crois au café, car je vois avant tout les visages de tous ces gens qui travaillent derrière.

Angel, Equipe Belco

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