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Café12 mars 2025

L'impact du changement climatique sur la production de café. Article 1/3 : En Colombie

Le changement climatique transforme profondément la production de café. Hausse des températures, événements climatiques extrêmes, pression sur les ressources en eau… Les défis sont immenses pour les productrices et producteurs. Conscients de ces enjeux, nous avons confié au bureau d’étude RISOME l’analyse des impacts climatiques sur trois origines clefs (Colombie, Brésil et Éthiopie). À travers cette série d’articles, nous partageons les résultats de cette étude et les leviers d’adaptation possibles pour l’avenir du café.

Découvrez une série d'articles sur le sujet.
1/3 : La Colombie.

En Colombie, 95% des exploitations agricoles sont de petites tailles (2 à 5 hectares). On retrouve trois grandes catégories de systèmes de cultures :

  • La monoculture en plein soleil
  • La culture sous ombrage, souvent associée à des Hevea brasilensis (arbres à latex)
  • La culture en milieu forestier avec une forte diversité d'espèces (autres "cash crops", bananiers, etc.)

La productivité moyenne atteint 900 kg/ha.
70 à 80% des coûts de production sont liés à la main d'œuvre.

L'impact aujourd'hui

  • Entre 1970 et 2019, la température moyenne en Colombie a augmenté de +1,2 °C.
  • Si le volume des précipitations annuelles reste globalement stable, voire en hausse dans certaines régions, leur répartition devient de plus en plus irrégulière.
  • L’altitude minimale propice à la culture du café a reculé de 200 à 300 mètres.
  • L’augmentation de la couverture nuageuse réduit l’ensoleillement nécessaire au développement des caféiers, ce qui remet en question l’ombrage dans les systèmes agroforestiers.
  • Les cultures sont plus exposées aux pertes de production en raison de la multiplication des événements climatiques extrêmes.
  • Enfin, on observe une intensification des attaques de ravageurs et des maladies.

L’impact d'ici 2050

Les impacts attendus seront similaires à ceux observés aujourd’hui en Colombie, mais avec une intensité accrue :

  • Risque d’intensification des épisodes El Niño-Oscillation Australe (ENSO), influençant températures, précipitations et saisonnalités. Parmi les principaux pays producteurs, la Colombie sera la plus affectée en raison de sa proximité avec la zone d’apparition du phénomène.
  • Hausse des températures estimée entre +1,3 et +2,5 °C, accentuée par l’effet ENSO.
  • Légère augmentation des précipitations annuelles, mais avec des variations saisonnières marquées.
  • Amplification des écarts climatiques entre saisons sèches et saisons des pluies, avec des différences plus prononcées en termes de température, précipitations et ensoleillement.
  • Augmentation de 30 % du risque d’événements de pluies extrêmes.

Des cultures de café en pleine mutation

L’impact majeur sera le déplacement des zones favorables à la culture de l’arabica vers des altitudes plus élevées. D’ici 2050, 15 à 30 % des surfaces actuellement adaptées à la production de café deviendront incultivables. À l’inverse, les basses altitudes aujourd’hui propices à l’arabica pourraient devenir favorables au robusta, une espèce encore peu présente en Colombie.

Autre conséquence majeure : la prolifération accrue des maladies et ravageurs, particulièrement au-dessus de 1 500 mètres, où la hausse des températures créera des conditions plus favorables à leur développement.

Enfin, la productivité des cultures dépendra de plus en plus des conditions climatiques de mars, période clé pour la floraison des caféiers. Les rendements pourraient s’améliorer en haute altitude mais ils risquent en revanche de diminuer à basse altitude, avec des cycles de production plus courts et des récoltes plus irrégulières. Globalement, la qualité en tasse pourrait aussi être affectée. Face à ces bouleversements, les modèles de production devront évoluer pour s’adapter aux nouvelles réalités climatiques.

Mais qui est ce Niño ?

El Niño-Oscillation Australe (aka ENSO) est un phénomène cyclique de variation des températures de l’océan Pacifique, influençant les saisons sèches et humides à l’échelle mondiale et représentant un risque majeur pour les productions agricoles. Il survient en moyenne tous les cinq ans, avec des effets variables selon les régions :

Côte pacifique de l’Amérique du Sud : pluies plus intenses et sécheresses prolongées.

Australie orientale, Indonésie, Inde : diminution des précipitations, entraînant sécheresses et incendies.

Afrique australe, Caraïbes et nord-est du Brésil : réduction des précipitations impactant les cultures.

Ce phénomène atteint souvent son paroxysme autour de Noël, d’où son nom en référence à l’enfant Jésus. Son lien avec le changement climatique reste débattu au sein de la communauté scientifique, aucune conclusion définitive n’ayant encore été établie sur son intensification future.

Des impacts régionaux

Les régions les plus affectées seront le nord de la Colombie et les zones de basse altitude, où l’augmentation des températures maximales et la baisse des précipitations annuelles (de 30 à 64 mm) exerceront une forte pression sur la production de café. En dehors du phénomène ENSO, qui viendra encore amplifier ces changements, l’étude identifie plusieurs zones critiques : le Nord-Ouest, le Nord, le Nord-Est, le Centre de Santander et le Sud de César.

À l’inverse, les régions situées au Sud du Piedemonte Llanero et au centre du Valle del Cauca seront relativement moins exposées aux impacts climatiques. Toutefois, de nouvelles zones propices à la culture du café émergeront, principalement en altitude sur l’ensemble du territoire. Or, ces zones sont souvent recouvertes de forêts primaires, ce qui pourrait entraîner une pression accrue sur ces écosystèmes si l’expansion agricole n’est pas strictement encadrée. De plus, la réglementation européenne sur la déforestation (EUDR) interdira l’importation de café issu de parcelles récemment déboisées, limitant ainsi l’expansion non contrôlée de la culture du café.

Cependant, l’évolution de la production caféière reste difficile à anticiper, les impacts variant d’une région à l’autre et le comportement des producteurs étant influencé par de nombreux facteurs économiques et environnementaux.

Conséquences pour la filière café en Colombie

Les productrices et producteurs d’arabica seront confrontés à une hausse significative des coûts de production, notamment pour lutter contre l’intensification des maladies et ravageurs. Par ailleurs, le phénomène ENSO entraînera une forte variabilité des rendements, impactant directement leurs revenus et leur capacité d’investissement dans des stratégies d’adaptation.

Néanmoins, la Colombie bénéficie d’un secteur caféier structuré et réactif. Des institutions comme la Federación Nacional de Cafeteros de Colombia (FNC) et le Centro Nacional de Investigaciones de Café (Cenicafé) ont déjà initié des actions pour promouvoir des pratiques agricoles plus résilientes au climat (climate-smart agriculture). Elles sont soutenues par des ONGs, grandes entreprises et politiques nationales innovantes, telles que l’"Acuerdo Café, Bosque y Clima", axées sur la préservation de la biodiversité.

Enfin, de nombreux acteurs de la filière dont certains déjà partenaires de Belco, sont déjà engagés dans des modèles de production plus durables, leur permettant d’anticiper et d’atténuer les effets du changement climatique.

Source :
Résumé de l'analyse du bureau d'étude RISOME pour BELCO sur l'impact du changement climatique sur 3 origines café : Colombie, Brésil et Éthiopie.

https://risome.net

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Rédaction: Marius

Chef de projet Impact

Publié le 31/03/2026